Poussée Dirigée et Respiration : le Guide Complet pour Protéger votre Périnée
Temps de lecture : 11 minutes
L’essentiel à retenir
- La poussée dirigée, en bloquant la respiration, augmente la pression sur le périnée.
- Pousser en expirant lentement ménage davantage les tissus et reste presque aussi efficace.
- La Haute Autorité de Santé déconseille l’expression abdominale forcée depuis 2023.
- Vous pouvez presque toujours discuter de votre façon de pousser avec votre sage-femme.

Faut-il bloquer sa respiration et pousser de toutes ses forces quand la sage-femme compte jusqu’à dix ? Ou vaut-il mieux souffler doucement en suivant son propre rythme ? C’est l’une des questions que j’entends le plus souvent en fin de grossesse. La réponse influence directement l’état de votre périnée après la naissance. Dans ce guide, je vous explique la différence entre poussée dirigée et respiration libre, et comment protéger vos tissus le jour J.

💜 Quelle préparation à la poussée vous correspond ?
Qu’est-ce qui vous inquiète le plus à propos de la poussée ?
Sommaire
Pourquoi la façon de pousser change tout pour le périnée
Pendant longtemps, la poussée dirigée a été la norme dans la majorité des maternités françaises. La sage-femme compte, vous bloquez votre respiration, vous poussez le plus fort et le plus longtemps possible. Cette méthode s’appelle aussi la manœuvre de Valsalva.
Le problème, c’est que bloquer sa respiration en poussant augmente brutalement la pression abdominale. Cette pression se répercute directement sur le périnée, ce hamac de muscles qui soutient vos organes pelviens, comme le rappelle la description anatomique du plancher pelvien. Plus la pression est forte et soudaine, moins les tissus ont le temps de s’étirer en douceur.
À l’inverse, pousser en expirant lentement répartit l’effort différemment. Le diaphragme remonte au lieu d’appuyer vers le bas, ce qui réduit la pression directe sur le périnée. C’est ce que confirment les recommandations 2023 de la Haute Autorité de Santé sur l’accouchement normal, qui déconseillent l’expression abdominale forcée.
Ce que j’entends le plus souvent comme question dans notre communauté : « Si je ne pousse pas assez fort, est-ce que mon bébé va rester bloqué ? » C’est une peur légitime, mais rassurez-vous : le corps sait pousser efficacement, même sans forcer au maximum.
D’où vient cette habitude de bloquer sa respiration ? La manœuvre de Valsalva, qui consiste à expirer à glotte fermée, a été décrite pour la première fois au XVIIe siècle par un médecin italien, pour un tout autre usage médical. Elle s’est ensuite généralisée dans les salles de naissance au cours du XXe siècle, sans lien direct avec le confort du périnée. Elle facilitait surtout le travail de chronométrage de l’équipe soignante.
Depuis les années 2000, plusieurs équipes de recherche ont réévalué cette pratique. Elles ont comparé la durée du travail, la fatigue maternelle et l’état du périnée entre les deux méthodes. Résultat : la poussée en expiration montre un allongement très modéré de la deuxième phase du travail, largement compensé par une meilleure oxygénation du bébé et une pression périnéale mieux répartie.
La respiration influence aussi votre état émotionnel pendant le travail. Une respiration bloquée et saccadée augmente le stress, alors qu’une respiration profonde aide à rester ancrée dans l’instant. Or, un périnée détendu s’étire toujours mieux qu’un périnée contracté par la peur.
Ce guide complète notre rubrique bien-être intime et santé féminine, où nous parlons grossesse, accouchement et post-partum sans détour.

Pour qui est fait ce guide ? Faites le point avant l’accouchement
Avant d’entrer dans le détail des techniques, prenez un instant pour vous situer. Votre façon d’aborder la poussée dépendra de votre histoire et de vos sensations. Se reconnaître dans un profil aide à poser les bonnes questions à votre équipe médicale.
Vous accouchez pour la première fois
Vous ne savez pas encore ce que vous allez ressentir au moment de pousser, et c’est tout à fait normal. Votre objectif : apprendre les bases de la respiration en expiration dès vos cours de préparation, sans vous mettre de pression sur le résultat.
Vous avez une péridurale, complète ou légère
La péridurale réduit parfois la perception du réflexe de poussée. Dans ce cas, un accompagnement plus guidé peut être utile, mais rien n’empêche de demander une poussée plus douce, en expiration, plutôt qu’une poussée dirigée classique.
Vous avez déjà vécu une déchirure ou une épisiotomie
Cette fois, vous voulez limiter au maximum le risque de récidive. Discuter en amont de votre souhait d’une poussée en expiration, associée à une position favorable, est particulièrement indiqué pour vous.
Votre bébé est estimé plus gros que la moyenne
En cas de macrosomie suspectée, l’équipe médicale surveille souvent la poussée de plus près. Cela ne signifie pas forcément une poussée dirigée systématique : demandez plutôt une poussée en expiration, ajustée en fonction de la descente réelle du bébé.
Dans mon expérience, beaucoup de personnes débutantes pensent que la poussée dirigée est obligatoire dans toutes les maternités, alors qu’en réalité de plus en plus d’équipes proposent désormais une poussée guidée par les sensations, sauf en cas de nécessité médicale.
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Poussée dirigée ou poussée spontanée : comprendre la différence
Il existe deux grandes façons de pousser au moment de l’expulsion. Comprendre leurs différences vous permet d’aborder la discussion avec votre sage-femme en toute confiance.
La poussée dirigée, avec respiration bloquée
Ici, l’équipe soignante vous guide activement. À chaque contraction, on vous demande d’inspirer profondément, de bloquer votre respiration, puis de pousser fort pendant environ dix à vingt secondes, plusieurs fois de suite. Cette méthode a longtemps été enseignée car elle semblait raccourcir la phase d’expulsion.
La poussée spontanée ou physiologique
Cette approche laisse votre corps guider le rythme. Vous poussez lorsque le réflexe se fait sentir, en expirant ou en gémissant plutôt qu’en bloquant votre souffle. Les poussées sont plus courtes, mais plus nombreuses, et suivent vos propres sensations plutôt qu’un décompte extérieur.
La poussée en expiration guidée
C’est un compromis de plus en plus recommandé : vous êtes accompagnée par votre sage-femme, mais on vous invite à pousser en soufflant longuement, comme pour éteindre une bougie, plutôt qu’en bloquant votre respiration. Cette technique combine l’accompagnement rassurant de la poussée dirigée et la douceur de la respiration libre.
Dans les faits, ce choix se discute souvent au fil du travail, et non une fois pour toutes en début d’accouchement. Une sage-femme expérimentée adapte généralement sa façon de vous accompagner selon la descente du bébé, votre fatigue et vos réactions à chaque contraction. N’hésitez donc pas à exprimer, à voix haute, ce qui vous soulage réellement à l’instant présent.
💜 À vérifier avant votre accouchement
- Ai-je testé la respiration en expiration lors de mes cours de préparation ?
- Ai-je parlé de mes préférences avec ma sage-femme ou mon obstétricien ?
- Ma péridurale, si j’en ai une, me permet-elle de sentir encore le réflexe de poussée ?
- Mon partenaire connaît-il les mots simples pour m’aider à respirer calmement ?
| Type de poussée | Effet sur le périnée | Bonne pour |
|---|---|---|
| Dirigée, respiration bloquée | Pression forte et brutale | Expulsion à accélérer, extraction |
| Spontanée, physiologique | Pression progressive et répartie | Accouchement sans complication |
| En expiration guidée | Pression modérée et accompagnée | Toute future maman, avec ou sans péridurale |
Aucune méthode n’est universellement meilleure dans toutes les situations. En cas d’urgence, une équipe peut toujours demander une poussée dirigée plus ferme, et c’est parfaitement justifié. Le sujet, c’est surtout d’éviter la poussée dirigée systématique quand rien ne l’impose médicalement.
Les déchirures du périnée sont classées en quatre degrés, du plus léger au plus profond. Les déchirures de 3e et 4e degré, qui touchent le sphincter anal, sont les plus rares mais aussi les plus surveillées. Une étude publiée sur le mode de poussée et ses conséquences pelvi-périnéales associe justement l’expression abdominale forcée à un risque accru de ces déchirures profondes, ce qui explique la prudence actuelle des recommandations officielles.

Cette question de la respiration se combine toujours avec la position adoptée. Nous détaillons d’ailleurs les positions d’accouchement qui protègent le périnée dans un autre guide, complémentaire à celui-ci. La compresse chaude, appliquée au moment du dégagement, agit aussi en synergie avec une respiration calme : découvrez la technique de la compresse chaude pendant le travail.
D’autres techniques de respiration à connaître
La respiration en expiration n’est pas la seule approche possible. Voici d’autres pistes, à tester dès votre préparation à la naissance, pour trouver ce qui vous convient le mieux.
La respiration en vagues. Elle consiste à accompagner chaque contraction comme une vague : une inspiration au début, une expiration longue au sommet, puis un relâchement complet à la fin. Cette technique, enseignée en sophrologie prénatale, aide à ne pas anticiper la douleur avec anxiété.
L’hypnobirthing et la respiration lente. Cette méthode mise sur une respiration très ralentie, presque méditative, associée à des visualisations positives. Elle demande un entraînement régulier avant l’accouchement, mais beaucoup de futures mamans y trouvent un vrai apaisement.
Le son et la voix comme guide de souffle. Certaines sages-femmes proposent de pousser en accompagnant l’expiration d’un son grave, un peu comme un souffle guttural. Ce son aide à garder la mâchoire et le périnée détendus, deux zones souvent liées par les tensions du corps.
L’accompagnement du partenaire. Une main posée sur l’épaule, une voix calme qui rappelle « souffle, souffle encore » : le rôle du partenaire dans la respiration est souvent sous-estimé. En pratiquant ensemble quelques séances avant l’accouchement, votre partenaire devient un vrai repère sonore et rassurant pendant le travail.
Ce que les gens sous-estiment souvent, c’est que la respiration s’entraîne, un peu comme un muscle. Plus vous la pratiquez pendant la grossesse, plus elle devient un réflexe naturel le jour de l’accouchement.
Pour préparer votre corps en amont, un rituel de préparation pour le 8e mois de grossesse associe justement respiration, détente et massage périnéal.

💬 Idées reçues et erreurs fréquentes
« Je pensais que bloquer ma respiration était la seule façon de pousser efficacement »
C’est l’une des idées reçues les plus répandues, hérité de décennies de poussée dirigée systématique. En réalité, les études récentes montrent qu’une poussée en expiration reste presque aussi efficace, tout en ménageant davantage le périnée.
« Je croyais qu’on ne pouvait pas discuter de ma façon de pousser avec l’équipe médicale »
Beaucoup de futures mamans n’osent pas aborder le sujet, par peur de déranger. Pourtant, en parler dans votre projet de naissance ou lors de votre admission est tout à fait légitime, sauf urgence médicale.
« Je pensais que pousser plus longtemps protégeait forcément mon bébé »
C’est souvent l’inverse pour le périnée. Une poussée longue et bloquée fatigue les tissus sans forcément accélérer la naissance. Des poussées plus courtes, guidées par vos sensations, ménagent votre corps tout en restant efficaces.
« J’avais peur que respirer plutôt que pousser fort ralentisse trop l’accouchement »
C’est une inquiétude très fréquente, surtout lors d’un premier accouchement. En pratique, l’écart de durée reste minime dans la grande majorité des cas. Et une maman moins épuisée récupère souvent plus vite après la naissance.
Cette question revient très souvent, et je comprends l’hésitation : personne ne vous a vraiment expliqué, avant votre grossesse, que ces choix de respiration se préparaient. C’est justement l’objet de ce guide.
💜 Questions fréquentes sur la poussée dirigée et la respiration
Après la naissance, prenez soin de votre périnée
Découvrez nos boules de geisha adaptées à la rééducation périnéale post-partum, à utiliser après l’accord de votre sage-femme.
Pour compléter votre préparation, retrouvez aussi nos 7 méthodes douces pour éviter la déchirure du périnée et, après la naissance, notre guide de rééducation du périnée post-partum. Une équipe de recherche a également publié une étude détaillée sur le mode de poussée et ses conséquences pelvi-périnéales, une lecture utile si vous souhaitez approfondir le sujet.
Conclusion
La poussée dirigée n’est plus une fatalité. Pousser en expirant, à votre rythme, ménage davantage votre périnée sans nuire à la sécurité de votre bébé. Entraînez votre respiration dès la grossesse, parlez-en avec votre sage-femme, et gardez confiance : le jour venu, votre corps saura, la plupart du temps, trouver le bon rythme. Et si les tissus se déchirent malgré tout, sachez que la cicatrisation et la rééducation se préparent aussi, en douceur. Chaque accouchement reste une expérience unique, et il n’existe pas de recette parfaite valable pour toutes les femmes : seulement des pistes solides pour aborder ce moment avec plus de sérénité.






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